PARCOURS
"La peinture est apparue comme une nécessité un jour de 2004"
Études de Cinéma et de Lettres
Après mon bac littéraire, c'est la fac de cinéma qui m'appelle (Paris VIII à St Denis). L'image est ma toute première passion.
Découverte des cinéastes français de la Nouvelle Vague, du cinéma anglais. Passion pour le cinéma fantastique. Je me souviens de la médiathèque de la fac: les DVD de Rohmer, Kubrick, Chabrol, Pialat...
En parallèle, études de Lettres dans la même université (Puis Sorbonne Nouvelle à Censier, "nouvelle" mais déjà vieillissante, murs éventrés, salles trop petites, étudiants debout dans le couloir pour suivre un cours en penchant dangereusement la tête par la porte entrouverte - puis la "vieille" Sorbonne, toute figée dans ses boiseries anciennes et ses certitudes dépassées (ou l'inverse).
Au moins, si je ne deviens pas le grand réalisateur français des années 90, je serai un modeste prof de Français (ou l'inverse...)
Entre le texte et l'image...
...Il faut se frayer un chemin, trouver une voie intermédiaire, car le petit monde autour ne veut pas de l'ambiguïté: le prof de Français est-il vraiment peintre ? Pourquoi pas un prof de Dessin écrivain ? Le pire, c'est qu'on en connaît.
Aujourd'hui c'est simple : j'ai choisi... de ne pas choisir
Le jour je vais en classe en pensant à mes dessins préparatoires, les schémas griffonnés sur mon bloc , les matières à poser sur la toile, les couleurs à tenter.
Dès que possible, week end, le soir souvent, je peins d'une main en corrigeant mes copies de l'autre. Et avec les oreilles, je fais quoi ?
Au départ il y a souvent les mots, lus ou entendus : les expressions des gens dans la rue, les coups de gueule, les cris de joie, les mots d'auteurs, les titres de romans sur les couvertures de livres, les titres de films sur les affiches : tous les mots deviennent des références. Les mots pour les idées partagées, les mots pour dire le monde, le donner le recevoir le sentir. Les mots comme des cliquetis, culbuto-lexicaux, mécanique des sonorités douces, bruissements artificiels. Et du mouvement porté par le souffle des voix. Et puis les yeux fermés qui derrière les paupières closes cherchent une porte d'entrée. Des souffles des mots des sons, des mouvements des idées... des clichés, des images, des représentations. Les mots conduisent aux idées, aux idées des images, aux images des idées.
Terre glacée est une toile figurative. Une terre que j'imagine lointaine. Un monde oublié, perdu loin dans les terres polaires. Un soleil timide pointe parfois quelques instants, puis disparait presqu'aussitôt comme épuisé. Sur Terre glacé il y a malgré tout des secteurs de la toile qui sont assez empâtés, chargés d'une matière qui montre le plein et le creux, le rocher et le sillon, le monticule et la trace du pas de l'animal. C'est comme si la toile vierge et plate, régulière dans son attente de transformation, au début du travail, appelait les dépôts de matières, les coups de la spatule pleine. Comme si la toile voulait des protubérances, des verrues, des croutes et des griffures dedans, comme autant de provocations destinées aux humains obsédés par la beauté lisse des jeunes corps athlétiques et la finesse des peaux immaculées.

